Journal d'un nombriliste

Permis de tuer

   Il faut que je sorte de chez moi. Ce soir c'est décidé, je descends dans la rue et je tue quelqu'un. Comme ça. Sans raison. J'assassine la première personne que je rencontre. Il faut que je vole une vie, comme ça, comme un vulgaire kleptomane. La première personne. Peu importe. Un clochard, une vieille dame, un P.D.G. N'importe qui. Et si la première chose que je croise en sortant est un miroir, alors je mets fin à mes propres jours.

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Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

   Comme je suis moi aussi un imbécile heureux d'être né quelque part, je vous laisse une phrase d'Yves Wagner au sujet des usines de ma terre natale :

   "Enfant, en voyant les hauts fourneaux, je pensais que cela avait toujours existé et que ça ne pouvait pas disparaître. Cette idée ne m'a pas quitté."

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Chef-d'oeuvre

   J'ai longtemps pensé que mes plus beaux écrits étaient dus à un état de spleen ou de mélancolie. Il n'en est rien. C'est la colère qui a fait naître en moi ma plus belle oeuvre : moi. Je suis mon propre créateur. Ce ne sont ni la société ni les parents qui ont créé le monstre que je suis. Je ne le dois qu'à moi seul. Je fais de ma vie un chef d'oeuvre de colère et d'autodestruction. Je démolis tout ce qui me touche. Je casse tout ce qui me dépasse. Je détruis tout ce qui me rend dépendant. J'élimine tous ceux qui dépendent de moi. Comme Gainsbourg, je pratique la politique de la femme brûlée : je brûle toutes les femmes que j'ai aimées.

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Reflet

   Pardon Monsieur ? Qu'est-ce que vous dites ? Vous devez faire erreur. Vous parlez à mon reflet. Le véritable moi a disparu.

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Lost

    A la fameuse question : « Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? », j'ai tendance à répondre : un livre dont toutes les pages sont restées vierges. Comme cela, en contemplant chaque jour le vide qui orne chacune des pages, je pourrais apercevoir le néant de l'humanité.

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L'homme le plus heureux du monde

    Je dénonce ici une énorme supercherie : je suis persuadé que l'homme le plus heureux du monde et l'homme le plus con du monde ne sont en fait qu'une seule et même personne.

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Poudre aux yeux

    Hier soir en rentrant chez moi, j'ai croisé successivement : une prostituée qui désirait ardemment me tailler une pipe dans une chambre d'hôtel, un témoin de Jéhovah qui voulait naïvement me donner les véritables réponses à mes questions existencielles, un candidat aux élections municipales qui souhaitait hyprocritement exaucer le moindre de mes souhaits. Ai-je l'air si malheureux en ce moment pour que toutes ces personnes m'accostent en essayant de me vendre leur cache-misère et leur poudre aux yeux ?

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Mieux que personne

   Parfois certains textes d'autres auteurs résument bien ma condition ou mon humeur du moment. Par exemple, prenez les paroles de « Mieux que personne » figurant sur l'album de Pierre Bondu intitulé « Quelqu'un quelque part » :

   « Je le connais mieux que personne, lui, ses manières, sa façon de marcher. Je pourrais le reconnaître rien qu'à sa façon de marcher. Et puis cette peur au ventre pratiquement tout le temps. C'est comme une boule d'angoisse. Ca lui vient sûrement de très loin, de son enfance je veux dire. De toute façon, de trop loin pour qu'il puisse s'en passer. Je me souviens l'avoir vu partir de chez lui assez tôt. Je pense qu'il ne voulait pas finir comme la plupart des gars de son bled qui, arrivés à trente ans, sont déjà gros comme des hommes, à quarante, commencent à s'en apercevoir, et à cinquante, brassent les souvenirs pour évacuer.

   Je le connais mieux que personne. Lui et ses jugements à l'emporte-pièces. Lui et son orgueil démesuré. Lui et sa fâcheuse tendance à passer à côté des petits bonheurs simples. Lui et sa culpabilité chrétienne. Lui et cette tristesse qui certains jours se voit sur lui comme un vêtement.

   Son médecin l'avait prévenu : « Votre problème fondamental c'est le manque de maturité émotionnelle. Vous voulez que la vie ressemble à un film de cinéma, plein de mouvements et de plaisirs. C'est ainsi que fonctionne un cerveau d'enfant, les adultes, eux, acceptent la régularité, les pensums, la frustration. »

   « L'amitié parasite le jugement » je sais, mais laisse-moi te dire que l'inverse est vrai aussi. D'ailleurs je vois bien que depuis quelque temps avec lui, on se voit moins qu'avant. Et c'est pas mal non plus, histoire de souffler un peu. Pourtant je sais que malgré tout, jamais je n'oublierai : mes manières, ma façon de marcher, ma peur au ventre, ma culpabilité chrétienne. Car je me connais mieux que personne, mieux que personne. »

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Pâté pour chats

    Hier soir, j'ai essayé de bouffer de la pâté pour chats. C'était vraiment abominable. Je donne alors un conseil à ceux qui trouvent que la vie a un goût de merde : essayez la pâté pour chats, c'est encore pire.

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Responsabilité

   Je n'ai jamais réussi à prendre mes responsabilités, mais ce n'est pas ma faute, c'est celle de la société, des parents et des nazis.

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