Journal d'un nombriliste

Pas envie d'écrire

   Aujourd'hui je n'ai aucune envie d'écrire. Je préfére rester allongé dans mon lit et contempler mon nombril.

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Lettres de refus

   Les hasards de la vie sont parfois stupéfiants. Moi qui ne reçois habituellement jamais de courrier, quelle fut ma surprise de me retrouver avec deux lettres dans ma boîte aujourd'hui.

    La première provenait d'une maison d'édition à laquelle j'avais envoyé un manuscrit : une dizaine de ligne pour ne pas m'expliquer pourquoi mon livre est mauvais.

   Voici lettre en question :

    « Nous vous remercions de nous avoir confié votre manuscrit. Nous sommes au regret d'avoir à vous annoncer que notre comité de lecture n'a pas retenu votre texte pour publication.

    Notre capacité d'accueil en matière de fiction française est trop limitée pour que nous ne nous concentrions pas exclusivement sur les textes qui nous enthousiasment par leur force, leur originalité, leur style. En toute franchise, nous n'avons pas ressenti cet élan dans le cas présent.

    Nous le regrettons et vous souhaitons plus de succès auprès de l'un de nos confrères plus convaincu, et de ce fait plus apte à assurer à votre travail une carrière digne de votre attente. »

   La seconde lettre provient de Sophie : une dizaine de pages pour m'expliquer pourquoi la vie sans moi est meilleure.

    Je ne sais pas pourquoi Sophie a rempli autant de pages pour me dire ce que je savais déjà. Elle aurait du prendre exemple sur cette grande maison d'édition et m'écrire une réponse plus concise, comme par exemple :

    « Je te remercie de m'avoir confié ta vie. Je suis au regret d'avoir à t'annoncer que, sur avis de mes amies les plus intimes, je n'ai pas retenu ton amour pour l'éternité.

    Mes attentes physiques et cérébrales sont trop importantes, et la vie est trop courte pour que je ne me concentre pas exclusivement sur les garçons qui m'enthousiasment par leur force, leur originalité, leur style. En toute franchise, je n'ai jamais eu le moindre orgasme en ta compagnie.

   Je le regrette et te souhaite plus de succès auprès d'une autre fille plus amoureuse, et de ce fait plus apte à te rendre heureux, si cela est possible. »

    Aujourd'hui, j'ai reçu deux lettres de refus : refus de m'éditer et refus de vivre avec moi. 


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L'amour dure trois ans

   Je suis en train de relire "L'amour dure trois ans" de Frédéric Beigbeder. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, me taire ou hurler, vomir ou chanter ; mon amour n'aura duré qu'un an et demi.

   Tous mes amis sont soit mariés, soit morts (ce qui en revient au même). J'aimerais leur demander combien de temps ont duré leurs amours : une seconde (coup de foudre), trois ans (coup de bol), dix ans (coup de bluff). Le mien aura duré moins de deux ans : c'est un coup de coeur qui a fini en coup au coeur.

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My friends all died in a plane crash

   J'ai passé la journée à écouter le premier album de Cocoon (que je ne saurais trop vous conseiller) intitulé My friends all died in a plane crash.

   Dans les chansons de Cocoon, leurs amis sont tous morts dans un accident d'avion ; dans mon entourage, toutes mes connaissances ont péries dans un accident de vie : le mariage.

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Manifestations

    Je ne suis pas sorti de la journée. Je ne pensais pas que ma rupture avec Sophie allait m'affecter à ce point. Je n'ai pas répondu à son message, je n'ai pas cherché à obtenir d'autres explications. Je vais bien assez mal comme cela, ce n'est pas la peine de remuer le couteau dans la plaie.
    Dans ma forteresse de solitude (un studio de 23m² avec vue sur l'avenue), j'ai daigné ouvrir mes fenêtres pour contempler les manifestations estudiantines. Les étudiants filent et défilent devant moi. Ils expriment leur mécontentement et leur colère d'une manière opposée à la mienne. Ils sortent en masse dans la rue en hurlant des slogans ; je me réfugie seul chez moi dans le mutisme le plus complet. Nous partageons pourtant ce point commun : aucun d'entre nous ne sera écouté dans notre malheur.

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Phrase de la semaine

   La phrase de la semaine aurait pu être celle de Sophie, mais j'ai préféré choisir les mots d'un étudiant de la Sorbonne : "Si Ferrari a de l'argent à donner aux universités, pourquoi ne pas l'accepter ?"

   Quand allons-nous rebaptiser la Sorbonne en "la Danone" (ou Madone, comme vous préférez) et créer l'amphithéâtre "Taillefine" ? Au moins, nos étudiants pourront être minces dans leur corps et dans leur tête.

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SMS

   Ce n'était pas une bonne idée de recharger mon portable. Je n'ai reçu qu'un seul message depuis hier soir, et il venait de Sophie : "Je te quitte. Tu n'es qu'une grosse merde égocentrique."

   Au fait, je ne vous ai jamais présenté Sophie. Malheureusement, je crois que ce n'est plus nécessaire.

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Téléphone portable

   Hier soir, en voulant recharger les batteries de mon téléphone portable, j'ai passé plus de trois heures à trouver le chargeur adéquat. Téléphone portable, Nintendo DS, appareil photo, second téléphone portable, caméra numérique : impossible de m'y retrouver.

   Le comble est que, parmi cet amas de fils, je ne suis pas parvenu à trouver un câble qui pourrait se connecter à mon cerveau. Pourtant, j'en aurais salement besoin en ce moment : je suis complètement à plat.

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Rien à raconter

   Croyez-moi ou pas, mais je n'ai rien à raconter. Ma vie n'est ni plus originale ni moins passionnante que la vôtre. Je n'ai pas d'histoires personnelles, c'est évident, puisque je suis écrivain. Malheureusement pour vous, vous souffrez en tant que lecteurs, de maux semblables aux miens, même si, dans votre cas, les symptômes peuvent légèrement variés. Il est possible que vous ayez simplement une vie à laquelle vous souhaitez échapper. Mais y-a-t-il une différence entre une non-existence et une existence foireuse ? Être une merde ou ne pas être ? Voilà la question que nous devrions nous poser.

   Vous qui lisez ces lignes, n'avez-vous donc rien de mieux à faire ? N'avez-vous pas d'enfants dont il conviendrait de s'occuper ? N'avez-vous pas un amant qu'il conviendrait de sucer ? N'avez-vous pas une épouse qu'il faudrait envisager de tromper ? Vous n'avez rien de tout cela puisque vous avez le temps de me lire. Vous lisez, donc vous vivez moins. Mais rassurez-vous, je suis comme vous, je suis même pire que vous. Moi j'écris, donc je ne vis plus.

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