Journal d'un nombriliste

Marchés de Noël

    Je me suis promené en ville ce dimanche et je me suis rendu compte, à ma grande suprise, que le marché de Noël municipal était déjà ouvert. Nous sommes à quatre semaines de Noël, le marathon est entamé.

    Pour la société de consommation dans laquelle nous nous trouvons, Noël est un véritable feu d'artifice, c'est un bouquet final en quelque sorte. Durant l'année, tout ce que nous achetons et toutes les publicités que nous subissons n'ont qu'un seul but : nous préparer pour Noël. Ces douze derniers mois de consommation n'étaient qu'un entraînement, c'est aujourd'hui que commence la vraie compétition. Qui en sortira vainqueur ? Tout le monde sauf nous.

    Cher Père Noël Coca-Cola, apporte-nous pleins d'enfants consommateurs, obèses et diabétiques dans nos jolis souliers Nike.

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Phrase de la semaine

   La phrase de la semaine est signée Christian, ingénieur informaticien pour une grande multinationale, mais néanmoins ami :

   "Il y a tellement de trous du cul à mon boulot que, lorsque je serre la main de mes collègues le matin, j'ai l'impression de faire un toucher rectal."

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Chloé

   Chloé. Pourquoi ce prénom me revient en tête précisément aujourd'hui ? Pourquoi je repense à son visage, à sa voix, à sa manière de dire : "Je m'appelle Chloé." ? Cette fille que je n'ai cotoyée qu'une semaine dans ma vie, il y a six ans de cela. C'était l'amie d'une amie qui avait profité des vacances pour venir passer sept jours dans la région. Elle m'avait beaucoup plu à l'époque mais je n'avais pas osé lui en parler. Je n'ai jamais eu de ses nouvelles depuis et voilà qu'elle me revient subitement à la mémoire.

   Pourquoi certaines filles vous marquent davantage en une semaine que d'autres en plusieurs années ?

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Courant d'air

   Il n'est pas chose aisée de tenir ce blog quotidiennement. Que me manque-t-il ? Le temps ? J'en ai plus qu'il ne m'en faut. L'envie ? Je n'en manque pas. Une vie ? Sans doute.

    Il est difficile d'écrire tous les jours pour, au final, ne rien raconter. Car croyez-moi, mes histoires quotidiennes n'ont aucune importance. Tout n'est que futilité, ce n'est que du vent.

    Félicitations ! Vous avez devant vous le premier blog « courant d'air » de l'histoire de l'Internet ; mais ce n'est pas une raison pour fermer votre fenêtre. Laissez-vous bercer par la brise légère de mon vide intérieur.

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Maisons natales

   Les maisons natales de gens célèbres ont toujours eu un succès phénoménal auprès des touristes. Je n'ai d'ailleurs jamais partagé la fascination qu'éprouvent certaines personnes en apercevant le berceau ou la table à langer d'un artiste ou d'un chef politique qu'ils admirent. De ce fait, nombreuses sont ces maisons qui ont fait l'objet de musées (par exemple celle du Général de Gaulle à Lille). La maison natale qui m'amuse le plus est celle de Paul Verlaine située à Metz. Elle abrite en effet le plus célèbre bar gay de la ville. Anecdote authentique et merveilleux hommage au poète.

    De nos jours, les gens naissent majoritairement dans des maternités, ce qui est regrettable pour la postérité de nos célébrités puiqu'il sera plus difficile de transformer leur maison natale en lieu touristique. Heureusement, il reste la possibilité d'utiliser l'endroit où ils vivaient enfants dans un tel but.

    Après ma mort, on transformera l'appartement de mon enfance en lieu de pèlerinage : un trois pièces situé au deuxième étage d'un HLM de campagne. Mes lecteurs les plus fidèles s'y réuniront pour penser à moi. Un guide leur fera faire le tour des cinquante mètres carrés pour cinquante cents de l'heure, et, à la fin de la visite, il déclarera : « Ici vivait le nombriliste, le seul être à avoir eu un cordon ombilical directement relié à lui-même. » Et vous vous embrasserez alors le nombril en ma mémoire. A(bdo)men.

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L'amour dure trois ans (bis)

    Cela va faire deux semaines que je tiens quotidiennement ce journal. Si l'amour dure trois ans, combien de temps dure un blog ?

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Le rouge et le noir

    Pour me changer les idées, je suis allé manifester avec les cheminots, les fonctionnaires et les étudiants.

    Comment reconnait-on un nihiliste au milieu d'une manifestation : je ne crie pas, je fume ; je ne lève pas les poings, je garde mes mains au fond des poches ; je suis le seul, dans cette masse rouge, à être vêtu de noir. En y repensant, il y a quelque chose de Stendhalien dans tout ça.

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Par hasard et pas rasé

   Ce matin, j'ai des remontées gainsbouriennes. Je vomis mes vodka de la veille en même temps que mes aphorismes.

    Hier soir, j'ai commis l'erreur irréparable. Pourtant la soirée avait bien commencé. Comme dans un film de Klapisch, je me retrouvais entouré de nombreux amis : un premier verre pour l'amitié, un second pour la fin de mon exil solitaire, un troisième pour le plaisir.

    Mais est arrivé le moment où tout est devenu flou. Les SMS, les lettres, le manque d'explications claires sont revenus en ma mémoire. Il fallait que je sache pourquoi Sophie m'avait largué. Et à cela je ne voyais qu'une seule solution : sortir mon portable et l'appeler. Mais elle ne répondit pas. Je décidai donc, contre l'avis de mes amis, de me rendre à son appartement.

    Comme dans une chanson de Gainsbourg, j'arrivai devant son immeuble pas vraiment pas hasard et, mal rasé, je montai en rasant les murs les escaliers qui conduisaient à son studio.

    Arrivé devant la porte, je sonnai une fois, puis deux. On finit par m'ouvrir. IL finit par m'ouvrir. Un homme, pas un para, à moitié dévêtu, était venu m'accueillir. Ne me reconnaissant pas, il jetta un coup d'oeil derrière lui en direction de Sophie. Elle se trouvait à dix mètres de moi, elle aussi était à moitié nue. Dix mètres me séparait de son Enfer et cet homme faisait office de Cerbère.

    Je décidai de prendre la fuite. Je voulais des explications et je les avais obtenues. Je rentrai rejoindre mes amis. Je me suis mis à enchaîner les verres : un premier pour l'amour perdu, un second pour oublier, un troisième pour mourir.

    Je ne suis pas l'homme à tête de choux, mais je n'en suis pas très loin. Je suis l'homme à tête de con, celui que la vie aime particulièrement bien baiser.

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Phrase de la semaine

   Frédéric, un ami trentenaire et marié, qui va aussi mal que moi, signe la phrase de la semaine :

" Quand on traverse la crise de la cinquantaine, on a envie d'échanger sa femme de cinquante ans pour deux autres de vingt-cinq ans. Ce qui m'énerve avec ma crise de la trentaine, c'est que, si je fais la même chose, je vais me retrouver avec deux filles de quinze ans et un bon séjour en prison."

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Voyage au bout de la night

   A l'heure des "Grenelles de l'environnement", il faut bien que les écrivains et les éditeurs s'accordent sur une chose : utiliser moins de papier pour la fabrication des livres. En effet, imaginez le nombre d'arbres coupés, déracinés et non replantés, que le monde de la littérature utilise. Imaginez le nombre de chênes gaspillés pour la publication de l'intégrale de Marc Lévy.

   Pour palier ce problème, il existe trois solutions. La première consiste à faire comme moi, c'est-à-dire se faire systématiquement rejeter de toutes les maisons d'éditions ; nombre d'arbres utilisés : zéro. La seconde méthode nous vient de Belgique puisqu'elle a été mise en oeuvre par Amélie Nothomb : il suffit que les auteurs écrivent des romans plus courts d'années en années. D'ailleurs à ce rythme, le prochain Nothomb devrait faire quatre pages.

   La dernière solution consiste à réécrire tous les romans en langage SMS. Finalement, le but de ce langage n'est-il pas l'économie de place ? Nous diminuons le nombre de caractères, donc le nombre de pages et donc la quantité de papier à utiliser.

   Pour illustrer cette proposition, voici l'incipit de Voyage au bout de la nuit de Céline et rebaptisé pour l'occasion Voyage au bout de la night :

   "Sa a DbuT com sa. Moi, jaV jamé ri1 di. Ri1. C Arthur Ganate ki ma fé parlé. Arthur, 1 étudian, 1 carab1 lui oci, 1 camarade. On se rencontre donc place Clichy. CT apré le Djeuné. Il veu me parlé. Je lécoute. "Reston pa 2hor ! kil me di. Rentron !" Je rentre ac lui. Voilà. "7 Trasse, kil comence, C pr les E à la coke ! Vi1 par ici !" Alor, on remarke encore kil ny aV persone dan lé ru, à kause 2 la chaleur : pa de voiture, ri1. Kan il fé tré froi, non plu, il nya persone dan lé ru ; c lui, m ke je men souvi1, ki mavé di à ce propo : "Lé gen 2 Pari ont l'R tjs d'ê OQP, mé en fait, ils se promène du mat1 o soir ; la preuve, c ke lorskil ne fé pa bon à se promené, tro froi ou tro cho, on ne lé voi plu ; ils son ts 2dan à prendre des Kfé crème et des bocks. C 1si ! Siècle 2 vitesse ! kil dise.""

   On remarquera que les "oeufs à la coque" deviennent alors des "E à la coke". De quoi me réconcilier avec les omelettes.

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