Journal d'un nombriliste

Une petite place

    Malgré le temps que me prend mon travail, je continue à écrire. Outre ce journal, je travaille toujours sur mon roman, mais également sur un recueil de nouvelles. Vous ajoutez à cela les soirées interminables du week-end (et parfois de la semaine), cela me laisse relativement peu de temps libre. Je me demande où je vais placer Mathilde dans cet emploi du temps ? Je pourrais peut-être prendre de ces nouvelles entre l'écriture de deux nouvelles, aller boire un verre en sa compagnie entre l'écriture de deux vers ou partager une ligne de coke entre l'écriture de deux lignes.

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Premier SMS

    J'ai reçu le premier SMS de Mathilde cette nuit. Elle s'inquiétait de ne pas m'avoir vu au travail lundi. Je savais déjà qu'un SMS pouvait détruire un couple mais je ne savais pas qu'un petit message électronique pouvait rendre heureux. Cela veut dire qu'elle pense à moi même lorsque je ne suis pas avec elle, qu'elle pense à moi même lorsqu'elle est seule chez elle, qu'elle pense à moi même lorsque je ne pense pas à elle. Je ne pensais pas qu'une autre personne que moi pouvait penser à moi.

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Médecin

   Je ne vais toujours pas mieux mais je me suis décidé à aller voir un médecin pour la première fois depuis trois ans. Il m'a conseillé du repos, des cachets et m'a infligé la pire punition du monde : il m'a mis en congé de maladie pendant trois jours. Non pas que j'adore mon travail, mais c'est le seul endroit où je peux voir Mathilde. Je suis comme un adolescent dont le seul intérêt à se rendre en cours est de voir la fille de sa classe dont il est désespérément amoureux.

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Délires

    Je rêve de lapins gigantesques qui mangent des carottes minuscules. Je rêve de Umpa Lumpa fabriquant de faux billets pour un escroc italien. Je rêve d'un lanceur de couteau qui atteindrait sa cible. Je rêve de siamoises chinoises qui liraient du Spinoza. Je rêve de Mathilde qui baise avec des types qui ont des bouches énormes et qui sont en meilleure santé que moi. Voilà le genre de choses dont je rêve lorsque je suis malade.

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La fièvre du samedi soir

    Bien que courte, la soirée d'hier a eu raison de moi. Me voilà cloué au lit avec de la fièvre. Dire que je devais voir Mathilde ce soir et que je vais devoir annuler ce rendez-vous.

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Il y a un début à tout

    Début de maladie. Cela ne m'empêchera pas de sortir ce soir.

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Abrutir

    Je viens de me rendre compte, qu'à moins de se trouver dans un domaine culturel, le travail abrutit et rend encore plus con que ne le fait la télévision.

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Me voilà amoureux

    Moi qui n'aimais que les brunes, me voilà amoureux d'une blonde.
    Moi qui n'aimais que les petits seins, me voilà amoureux d'un 90C.
    Moi qui n'aimais que les yeux bruns, me voilà amoureux de deux iris verts.
   Moi qui n'aimais pas vivre avec une femme, me voilà amoureux d'une collègue de travail.
   Moi qui n'aimais pas le théâtre, me voilà amoureux d'une comédienne amatrice.
   Moi qui n'aimais que les vierges, me voilà amoureux d'une capricorne.
   Moi qui n'aimais que les filles de vingt ans, me voilà amoureux d'une fille de vingt-deux ans.
   Moi qui n'aimais que les filles timides, me voilà amoureux d'une fille qui se laisse embrasser durant une panne d'ascenseur.
   Moi qui n'aimais que les auteurs respectables, me voilà amoureux d'une fille qui a lu « Harry Potter ».
   Moi qui n'aimais pas les premières de classe, me voilà amoureux d'une stagiaire majore de sa promotion.
   Moi qui n'aimais que mon nombril, me voilà amoureux de Mathilde.

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Black-out

   Au travail, il y a un ascenseur. Un ascenseur qui ne fonctionne pas toujours très bien.
   Au travail, je me sers souvent de cet ascenseur, parce que je suis le genre de type qui s'essoufle dès qu'il doit monter plus de deux étages à pied.
   Au travail, Mathilde se sert également de l'ascenseur de manière régulière. Mathilde est stagiaire dans mon service, elle a vingt-deux ans et n'a connu ni le prince charmant ni les salauds.
   Au travail, Mathilde et moi avons pris l'ascenseur ensemble. Le même ascenseur au même instant. Cet ascenseur qui ne fonctionne pas toujours très bien.
   Au travail, nous nous somme retrouvés, Mathilde et moi, bloqués dans l'ascenseur, coincés entre deux étages, condamnés au black-out.
   Les black-out ont cet avantage qu'ils font ressortir des traits de notre personnalité que nous n'avions plus ou que nous ne montrions plus.
   Dans le black-out, à la lueur de la flamme d'un briquet Zippo, nous avons discuté de toutes les fois où nous nous sommes retrouvés coincés dans un ascenseur (c'était la première fois pour moi), du temps que mettait en moyenne le technicien pour intervenir, de la façon la plus agréable de tuer l'ennui.
   Dans le black-out, nous nous sommes confiés nos amours perdues, nos souvenirs d'enfance, notre peur de l'avenir et notre soif d'instants présents.
   Dans le black-out, nous nous sommes embrassés un peu par amour et surtout parce que l'instant était idéal.
   Dans le black-out, j'ai longuement regardé les yeux de Mathilde qui brillaient de mille feux Zippo.
   Dans le black-out, le grand salaud est redevenu un petit prince et la belle inconnue sa rose.

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Vie éternelle

   J'hésite encore quant à la méthode à utiliser pour obtenir la vie éternelle. Être bon avec son prochain ? Se cloner à l'infini comme dans le roman de Houellebecq ? Ecrire, encore et toujours, pour laisser un souvenir ou une trace de mon passage sur Terre ? D'un côté, si je n'écris que pour laisser une trace de moi, je pourrais très bien taguer tous mes lecteurs ou aller éjaculer sur eux. Ce serait plus facile.

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Corpus Christine (pour chifumi)

    Suivant le conseil de Chifumi, j'ai lu Corpus Christine de Max Monnehay. J'ai apprécié, mais la sensation qui s'empara de moi en le lisant a parasité mon jugement. L'écriture m'est très familière, ressemblant beaucoup à ma façon d'écrire parfois (en tout cas pour les romans, pas pour ce blog). La psychologie du personnage principal est également très proche de celle que j'aime donner au mien. C'est vraiment étrange, j'ai eu l'impression de lire un livre que j'avais oublié avoir écrit. Max Monnehay serait-il le nombriliste du futur venu faire publier son manuscrit dans le passé ?

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iPod

    J'ai finalement succombé à la tentation, je me suis acheté un iPod, vous savez ce petit appareil made in Apple qui vous permet d'emporter votre musique partout avec vous et de vous isoler du monde partout où vous allez.

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Conversation avec une stagiaire

    Conversation avec Mathilde, une stagiaire de vingt-deux ans :

   "- Je n'ai jamais connu une relation sérieuse avec un homme.
   - Tu n'as encore jamais rencontré de princes charmants ou de salauds ?
   - Non. Et toi, de quel côté tu te trouves ? Celui des salauds ou celui des princes charmants? 
   - Je suis un prince charmant qui se prend pour un salaud.
   - C'est inquiétant.
   - Ce n'est pas le pire.
   - Ah bon ?!
   - Le pire c'est que parfois l'inverse est vrai aussi."

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Tous en rythme !

    Ma vie est désormais réglée par le rythme du travail : lever à 5h00, départ à 6h00, arrivée à 8h00, repas à 12h00, retour à 13h00, départ à 17h00, retour à 19h00. Je ne m'y fais pas. Il y a encore quelques semaines, je vivais dans un non-rythme : je me couchais quand j'en avais envie, me levais quand j'en avais envie, me branlais quand j'en avais envie, mangeais quand j'en avais envie, quittais la ville quand j'en avais envie. Sans me soucier ni du jour ni de la nuit, ni des heures ni des jours, je vivais dans le chaos le plus total. Rien ne me déboussole plus dans la vie que les repères.

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Personne ne m'a réveillé

   En allant au travail, je me suis endormi dans le train. Arrivé à destination et au terminus, je dormais toujours et aucun usager n'a daigné me réveiller. Nous étions tous arrivés à destination et les autres ont quitté le wagon en me laissant dormir. Personne ne faisait attention à moi ? N'osaient-ils pas me réveiller et me sortir de mes rêves pour me plonger dans la réalité ? Si la vie était un conte de fée, une princesse serait venue me réveiller d'un baiser ou d'une pipe et nous aurions pris ensemble le premier train vers une destination inconnue. A la place, un contrôleur moustachu de la SNCF m'a frappé violemment sur l'épaule pour me jeter hors de mes rêves et du train.

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Tomber amoureux

   Il y a les hommes qui veulent baiser toutes les femmes de la planète, moi je veux simplement en tomber amoureux.

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Les filles du conservatoire

   Je viens de comprendre d'où viennent toutes ces filles à mon arrêt de bus : je travaille juste en face du conservatoire. Je suis donc constamment entouré de midinettes qui y viennent réviser leur solfège. Je rêve de fugues à quatre mains avec l'une d'entre elle, j'imagine que jouir en elle ressemblerait à une envolée lyrique. Cette pensée me réchauffe car la seule envolée qui s'offre à moi en ce moment, c'est de me défénestrer depuis le sixième étage de mon immeuble.

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Jesus, Messie de l'ironie

    Vous ne trouvez pas qu'il y a quelque chose d'ironique dans le fait qu'un fils de charpentier ait fini cloué sur des planches en bois ?

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Quand j'étais un kid

    Quand j'étais un kid, je pensais que les bouquins détenaient la vérité, que tout ce qui y était écrit était vrai et qu'ils étaient fait par des sortes de dieux. Depuis j'ai lu Alexandre Jardin, Bernard Werber, Marc Lévy et Nicolas Fargues et ma vision de la littérature s'est effondrée.

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Amis par interim

    Les amis par interim sont les amis que vous n'avez pas rencontrés seul, c'est un ami qui vous les a présentés, et pour dire, ce sont avant tout les siens. Vous savez ces personnes que vous ne voyez jamais qu'en présence d'autres personnes. Ce sont les amis par interim ou interamis.

   Les interamis peuvent être les potes de votre meilleur copain, les amies de votre meilleure copine, les collègues de votre mari ou les amis de votre petite amie. Vous êtes persuadés que ce sont vos amis également puisqu'ils vous le disent et que vous passez de magnifiques soirée ensemble. Mais détrompez-vous car les interamis ne sont pas vos amis, mais ceux d'un(e) ami(e).

   Imaginez les amis de votre petit(e)-ami(e). Vous croyez avoir fraternisé avec eux ? Vous pensez être lié avec eux jusqu'à ce que la mort vous sépare ? Et bien non. La survie de cette amitié dépend entièrement de la survie de votre couple. Et pire encore. Ces mêmes personnes que vous trouviez merveilleuses et qui vous trouvaient fantastique, seront les premières à vous enfoncer lorsque vous aurez rompu. Ce seront les premières à essayer de caser votre ex et de vous remplacer par un(e) autre.

   Les interamis, à mi-chemin entre amis et ennemis, sont les pires relations du monde.

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