Il y a une vieille croyance japonaise qui dit que deux amoureux sont reliés par leur petit doigt à l'aide du « fil du destin ». Le but de la vie serait de remonter le long de ce fil pour trouver l'être aimé. De nos jours, nous avons mieux : le téléphone portable. Je ne sais pas si cela relie les amoureux entre eux, mais mine de rien, les SMS sont l'invention la plus géniale pour fixer un cinq-à-sept à l'hôtel avec sa maîtresse.
Je n'ose pas me suicider, pire encore, je trouve que cela ne me convient pas, le suicide ne fait pas partie de mon attitude. Ma façon de vivre, c'est plutôt de mourir à petit feu. Je me tue lentement, à feu doux, à coup de drogues douces : cigarettes, alcool, amour, littérature et sodomie.
Voici quelques idées de suicides originales : s'ouvrir les veines avec un couteau après avoir poignardé un séropositif avec la même lame, se pendre avec un cordon ombilical, manger au MacDonald's, se taillader les veines en se faisant tailler une pipe (pour les hommes), se taillader les veines en taillant une pipe (pour les hommes et les femmes), se taillader les veines en fumant une pipe (pour tous), regarder TF1 plus de cinq heures d'affilées, dire à sa petite amie qu'on la quitte à proximité d'un couteau de boucher. Si après tout cela, vous êtes encore en vie, c'est vraiment que vous ne faites aucun effort.
Ce sont les gens heureux qui devraient se suicider. Malheureux, nous n'avons ni la force ni le courage de passer à l'acte. Alors que le bonheur fait naître en nous une force insoupsonnée et inespérée que nous pourrions utiliser à bon escient en mettant fin à nos jours de manière surprenante.
Quand Sophie est partie, je n'ai pas essayé de me suicider. Je suis bien trop vieux désormais pour mourir d'amour. Amours suprêmes, je ne m'ouvre plus les veines pour vous montrer combien je vous aime. Je ne peux plus. Je ne verse plus de sang par amour, mais de l'eau, des litres d'eau, des milliers de larmes qui coulent sur mes joues à chaque fois que je pense à elle.
Je n'aime pas le lundi au soleil. Je préfère le lundi à la lune. J'espère que mes nuits blanches m'accompagneront toujours, car il n'y a que dans cet état d'extrême fatigue proche de la mort que je me sens vivre.
A l'intérieur d'un bar-pub, Sophie m'a donné rendez-vous pour la première fois depuis notre rupture. Nous avons longuement discuté de rien. Nous avons évoqué nos vies, sa vie surtout, car de la mienne, il n'y a rien à dire. J'ai appris de nombreuses choses sur elle, sur son passé, sur ses goûts artistiques, sur ses fantasmes, sur ses angoisses nocturnes. J'ai découvert que j'avais passé un an et demi auprès d'elle sans connaître tout cela. J'ignore tout d'elle. Voilà ce qui est fascinant dans les relations amoureuses, voilà ce qu'il faut rechercher : connaître l'être aimé autant que soi, c'est-à-dire très mal.
Je suis tombé sur un mec qui pensait que Schopenhauer était le gardien de l'équipe de foot d'Allemagne pendant le fameux France - Allemagne à Séville en 82. En une seule phrase, cet individu a insulté la philosophie, le football et mon futur chat.
Je rêve d'avoir un chat, un vrai chat de gouttière qui se bat et auquel il manque le bout d'une oreille. Schopenhauer que je l'appellerai. Mais outre le manque de place dans mon appartement, je crains d'être allergique à tous les félins. Mais tant pis, j'essaierai de trouver le seul chat allergique aux humains, comme cela nous aurons ensemble une relation difficile et dangereuse pour notre santé. Il deviendra alors mon meilleur ami, mais quelques mois plus tard il me quittera pour une femme professeur des écoles avec laquelle il pourra partager des choses et des regards que nous n'aurons plus.
Sexe, religion, consommation, amour, mariage, humour, orgasme, rupture, liaisons, fidélité, enfants, amis, amies, art, littérature, cinéma, respirer. Tout, absolument tout ne sert qu'à une seule chose : combler le vide créé par l'angoisse de la mort.
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Je suis redevenu un oiseau de nuit, un véritable chat de gouttière. Je ne connais plus la lumière du jour. C'est si bon et si douloureux à la fois. Je viens de comprendre que la liberté aliène parfois les hommes.
J'adore l'expression anglaise « In love with you ». Littéralement, on pourrait la traduire par « Dans l'amour avec toi ». Dire à une fille que l'on est dans l'amour avec elle, c'est bien plus fort que d'être simplement amoureux d'elle.
Lorsque je voyais une psy, je lui avais avoué que je détestais les débuts de relation amoureuse. Elle fut bien plus surprise par cet aveu que par tous les autres maux que je lui avais confiés. Elle ne comprit pas pourquoi. Elle me dit : « Les débuts de relations sont les meilleurs moments : votre coeur bat à mille à l'heure, vous avez la maladresse des amours débutantes, vous ne savez pas où cette histoire vous mène, vous pensez sans cesse à l'être aimé. » Je lui confirmai alors ce que je venais de dire : « Les débuts sont effroyables : mon coeur bat à mille à l'heure, j'ai la maladresse des amours débutantes, je ne sais pas où cette histoire me mène, je pense sans cesse à l'être aimé. » Tout n'est qu'une question de point de vue.
Vous êtes vous déjà demandé si j'étais encore en vie ? Si je n'étais pas mort depuis longtemps ? Et si tous mes posts n'étaient pas pré-programmés d'avant ma mort ? Peut-être que vous êtes simplement en train de lire le journal d'un cadavre. Mais les cadavres n'ont plus de nombril. Alors que faut-il en penser ?
Mourir dans un accident de voiture. Mourir euthanasié. Mourir seul. Mourir dans un suicide collectif. Mourir en faisant l'amour. Mourir d'amour. Mourir au milieu de partouzeurs anonymes. Mourir d'ennuie. Mourir d'une crise cardiaque. Mourir d'un cancer. Mourir sous l'effet pervers d'une dépression. Mourir d'une balle en plein coeur. Mourir d'un amour en plein coeur. Mourir un peu tous les jours. Mourir de vieillesse. Mourir violemment. Mourir de manière douce. Mourir le sourire aux lèvres. Mourir et recevoir un dernier baiser.
Depuis que j'ai entendu le chanteur Cali affirmer qu'il souhaitait mourir en Irlande, je ne cesse de me demander où moi-même j'aimerais crever. En tout cas, si je ne connais pas le lieu, je sais que j'aimerais mourir en écoutant le dernier album de Beirut.
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