Journal d'un nombriliste

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

   Comme je suis moi aussi un imbécile heureux d'être né quelque part, je vous laisse une phrase d'Yves Wagner au sujet des usines de ma terre natale :

   "Enfant, en voyant les hauts fourneaux, je pensais que cela avait toujours existé et que ça ne pouvait pas disparaître. Cette idée ne m'a pas quitté."

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Chef-d'oeuvre

   J'ai longtemps pensé que mes plus beaux écrits étaient dus à un état de spleen ou de mélancolie. Il n'en est rien. C'est la colère qui a fait naître en moi ma plus belle oeuvre : moi. Je suis mon propre créateur. Ce ne sont ni la société ni les parents qui ont créé le monstre que je suis. Je ne le dois qu'à moi seul. Je fais de ma vie un chef d'oeuvre de colère et d'autodestruction. Je démolis tout ce qui me touche. Je casse tout ce qui me dépasse. Je détruis tout ce qui me rend dépendant. J'élimine tous ceux qui dépendent de moi. Comme Gainsbourg, je pratique la politique de la femme brûlée : je brûle toutes les femmes que j'ai aimées.

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Reflet

   Pardon Monsieur ? Qu'est-ce que vous dites ? Vous devez faire erreur. Vous parlez à mon reflet. Le véritable moi a disparu.

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Lost

    A la fameuse question : « Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? », j'ai tendance à répondre : un livre dont toutes les pages sont restées vierges. Comme cela, en contemplant chaque jour le vide qui orne chacune des pages, je pourrais apercevoir le néant de l'humanité.

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L'homme le plus heureux du monde

    Je dénonce ici une énorme supercherie : je suis persuadé que l'homme le plus heureux du monde et l'homme le plus con du monde ne sont en fait qu'une seule et même personne.

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Poudre aux yeux

    Hier soir en rentrant chez moi, j'ai croisé successivement : une prostituée qui désirait ardemment me tailler une pipe dans une chambre d'hôtel, un témoin de Jéhovah qui voulait naïvement me donner les véritables réponses à mes questions existencielles, un candidat aux élections municipales qui souhaitait hyprocritement exaucer le moindre de mes souhaits. Ai-je l'air si malheureux en ce moment pour que toutes ces personnes m'accostent en essayant de me vendre leur cache-misère et leur poudre aux yeux ?

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Mieux que personne

   Parfois certains textes d'autres auteurs résument bien ma condition ou mon humeur du moment. Par exemple, prenez les paroles de « Mieux que personne » figurant sur l'album de Pierre Bondu intitulé « Quelqu'un quelque part » :

   « Je le connais mieux que personne, lui, ses manières, sa façon de marcher. Je pourrais le reconnaître rien qu'à sa façon de marcher. Et puis cette peur au ventre pratiquement tout le temps. C'est comme une boule d'angoisse. Ca lui vient sûrement de très loin, de son enfance je veux dire. De toute façon, de trop loin pour qu'il puisse s'en passer. Je me souviens l'avoir vu partir de chez lui assez tôt. Je pense qu'il ne voulait pas finir comme la plupart des gars de son bled qui, arrivés à trente ans, sont déjà gros comme des hommes, à quarante, commencent à s'en apercevoir, et à cinquante, brassent les souvenirs pour évacuer.

   Je le connais mieux que personne. Lui et ses jugements à l'emporte-pièces. Lui et son orgueil démesuré. Lui et sa fâcheuse tendance à passer à côté des petits bonheurs simples. Lui et sa culpabilité chrétienne. Lui et cette tristesse qui certains jours se voit sur lui comme un vêtement.

   Son médecin l'avait prévenu : « Votre problème fondamental c'est le manque de maturité émotionnelle. Vous voulez que la vie ressemble à un film de cinéma, plein de mouvements et de plaisirs. C'est ainsi que fonctionne un cerveau d'enfant, les adultes, eux, acceptent la régularité, les pensums, la frustration. »

   « L'amitié parasite le jugement » je sais, mais laisse-moi te dire que l'inverse est vrai aussi. D'ailleurs je vois bien que depuis quelque temps avec lui, on se voit moins qu'avant. Et c'est pas mal non plus, histoire de souffler un peu. Pourtant je sais que malgré tout, jamais je n'oublierai : mes manières, ma façon de marcher, ma peur au ventre, ma culpabilité chrétienne. Car je me connais mieux que personne, mieux que personne. »

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Pâté pour chats

    Hier soir, j'ai essayé de bouffer de la pâté pour chats. C'était vraiment abominable. Je donne alors un conseil à ceux qui trouvent que la vie a un goût de merde : essayez la pâté pour chats, c'est encore pire.

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Responsabilité

   Je n'ai jamais réussi à prendre mes responsabilités, mais ce n'est pas ma faute, c'est celle de la société, des parents et des nazis.

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Dans mes nuits blanches

    Dans mes nuits blanches, je vois tous mes amis mourir dans un accident d'avion. Dans mes nuits blanches, j'imagine toutes mes ex-copines partouzer avec Hugh Hefner. Dans mes nuits blanches, je me vois autour d'elles habillé en lapin, un cran d'arrêt dans la bouche. Dans mes nuits blanches, je visualise le péril atomique, le péril amoureux et le péril jeune. Dans mes nuits blanches, je suis déguisé en lapin rose et j'assasine la moitié de mes connaissances féminines. Dans mes nuits blanches, la solitude me donne des accès de rage, de mélancolie et de violence. Mes nuits blanches sont mes nuits les plus noires.

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Je t'aime salaud

 Par moment, j'aimerais être un vrai salaud, comme ceux que l'on trouvait dans les vieux films américains. Mais je n'ai pas la gueule d'Humphrey Bogart et les femmes me devancent toujours lorsqu'il s'agit d'être ignoble avec l'autre.

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Phrase de la semaine

    Je crois que je vais penser à renommer un jour cette rubrique « Citation de la semaine », en tout cas, voici une petite phrase signée Fitzgerald :

   « L'égoïsme, chez les femmes, exerce sur beaucoup d'hommes un attrait irrésistible, c'est l'une des nombreuses failles dans le tissu des rapports humains. »

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Eric the King

    En allant voir un concert de Dionysos, je me suis retrouvé à côté d'Eric Cantona. Ce serait trop prétentieux de ma part de dire que l'on était épaule contre épaule, disons que, en comparant ma carrure et la sienne, nous étions davantage épaule (la mienne) contre hanche (la sienne). Passée cette surprise, le monde alentour s'est vite rendu compte de sa présence et tous les yeux ont dévié dans ma direction. Je pensais que le public avait reconnu le nombriliste, le seul, l'unique. Mais non. Les gens voulaient Cantona. A côté du King, nous ne sommes rien.

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Existence

    Être entre la vie et la mort, cela s'appelle l'existence. Être entre l'envie et l'amour aussi.

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Zoo Humain

   Depuis le nouvelle loi anti-tabac dans les bars, j'ai pu apercevoir des cafés où des espaces fumeurs Next Generation étaient aménagés. L'idée est de faire une sorte de cage en verre dans laquelle les accros à la nicotine s'enferment avec leurs cigarettes. Voir des personnes dans cette prison de verre - complètement isolées du reste du monde par cette paroi transparente - m'a rappellé les vivarium dans les zoos. Nous avons devant nous une nouvelle variante des zoos humains du temps colonial (en plus soft évidemment). Les « sauvages » sont désormais les fumeurs.

   « Mesdames, Messieurs, à votre gauche, dans la cage en verre, vous pouvez découvrir les derniers specimens d'Homo Nicotinus Cancerus, dont la principale caractéristique est cette fumée grise qui s'échappe de presque tous leurs orifices. Prière de ne pas les nourrir. Les photos sont autorisées. »

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Photos de Laure Manaudou nue

    Le titre vous surprend ? J'essaie simplement d'attirer des visiteurs sur ce blog via Google.

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Superflu

    Mon ex-petite amie ne faisait jamais la bise à personne. Ni aux filles. Ni aux mecs. Ce n'est pas qu'elle trouvait cela dégueulasse d'avoir à effleurer de ses lèvres les joues piquantes et barbues de certains. Non. Elle trouvait cela simplement inutile et superflu, c'est tout. Voilà comment elle était. Lorsqu'une chose était de trop, elle ne s'en encombrait jamais. Voilà sans doute pourquoi elle m'a quitté. Je devenais superflu.

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Mes auteurs préférés et moi

    Chez moi, j'aime bien regarder de temps en temps entre quels auteurs mes auteurs préférés se trouvent. Beigbeder se trouve entre Baudelaire et Tonino Benacquista, Lewis Carroll entre Tim Burton et Céline, John Fante entre René Fallet et Serge Gainsbourg, Herman Hesse entre Hervé Guibert et Michel Houellebecq, Franz Kafka entre John Irving et Matthew Klam, Haruki Murakami entre Yukio Mishima et Vladimir Nabokov, Francis Picabia entre Orwell et Poe, Salinger entre Sakaguchi et Sartre, Boris Vian entre Hitonari Tsuji et Voltaire.

   Et si un jour je devais prendre ma place dans tout ce bazar bien ordonné, je me retrouverai juste avant Herman Hesse. Être placé juste avant un Prix Nobel de Littérature, vous reconnaîtrez là dedans tout mon snobisme.

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Nathalie

   Vous vous souvenez de la fille avec laquelle mes amis avaient essayé de me placer lors d'une soirée au restaurant, la fille qui m'a rappelé sur mon téléphone il y a trois jours, la fille dont je n'ai strictement rien à faire ? Et bien figurez-vous que je l'ai croisée en ville aujourd'hui au bras d'un autre homme.

   Depuis je me souviens de tout. De son prénom (Nathalie), de ses yeux (bleus), de ses dents (blanches), de sa sexualité (hétéro), de sa note de philosophie au baccalauréat (16). Depuis que je l'ai revue au bras de cet autre homme, je suis tombé amoureux d'elle. Je suis certain en plus que le mec qui traîne avec elle est un loser. Sinon pourquoi porterait-il des lunettes de soleil en plein hiver brumeux ?

   Pourquoi la société de consommation a-t-elle fait de moi le monstre que je suis : délaissant tout ce qu'il a pour désirer tout ce qu'il ne peut pas avoir.

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Phrase de la semaine

    Citation extraite de « L'Attrape-Coeur » de Salinger en guise de phrase de la semaine :

   « L'ennui avec les intellos c'est qu'ils veulent jamais rien discuter de sérieux à moins que ce soit eux qui l'aient décidé. »

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