L'homme qui venait du futur
Je suis allé au restaurant avec des amis. Et aussi des amis de mes amis. Vous connaissez sans doute ces soirées où vos connaissances essaient de vous enlever votre célibat en vous présentant une de leur copine en manque d'amour : cette amie qu'une amie a tenté de jeter dans vos bras.
Malheureusement pendant toute la soirée, j'avais l'esprit ailleurs. Si bien que je ne me rappelle ni le visage ni le prénom de cette fille. J'étais préoccupé par une autre personne qui se trouvait à la table voisine de la nôtre. Ce n'était pas une femme, mais un homme de cinquante ans qui mangeait seul en lisant un roman de Salinger (mais est-on réellement seul lorsque l'on est accompagné d'un livre ?). Ce qui me perturbait chez ce quinquagénaire, c'est qu'il me ressemblait étrangement, en plus vieux bien sûr. Je pense que cela vous est déjà arrivé dans la rue, dans le métro, dans un concert, de croiser des gens plus âgés qui vous ressemblent. Généralement on se dit : « Voilà à quoi on risque de ressembler dans quelques décennies. »
Ce fut également ma première pensée. Mais tout à coup j'ai eu comme un vertige. Et si cet homme était réellement moi. Je veux dire, et s'il venait du futur pour venir à ma rencontre. Peut-être qu'il avait des choses importantes à me dire, qu'il devait me prévenir d'une décision que je devais prendre ou que je devais éviter.
J'ai donc passé toute la soirée absent, absorbé par cet homme seul avec Salinger. J'ai attendu des heures qu'il vienne me parler, délaissant par la même occasion mon repas, mes amis et la fille en face de moi qui me faisait les yeux doux. Mais l'homme ne m'a pas adressé un seul mot de la soirée. Il est parti en payant son addition et sans me jeter le moindre regard. Mais en y repensant, s'il était vraiment le « moi » du futur, il devait, comme moi, être trop timide pour m'aborder.
Par lenombriliste, Samedi 29 Decembre 2007 à 11:39 GMT+2 dans PARTIE I - Lécher le nombril (article, RSS)











