Voyeurisme
Le plus gênant et le plus intrigant dans le Café Franz Kafka, où je passe toutes mes journées, ce sont les portraits de Kafka accrochés aux murs. Dès que j'y écris la moindre phrase ou le simple mot, j'ai l'impression d'être observé, d'être jugé comme K. dans « Le Procès ». L'ombre de Kafka règne ici et m'observe : ce que j'écris est-il à la hauteur du maître ? Cet aphorisme lui conviendrait-il ? Utiliserait-il cette figure de style ? Bien entendu, tout cela n'est que le fruit de mon imagination car la seule personne qui m'observe ici est la serveuse du café.
Je le sais. Je la sens régulièrement s'arrêter derrière moi pour déchiffrer mes écrits. Mais comprend-elle le français ? Sans doute, comme beaucoup de jeunes pragoises de son âge. Elle me prend peut-être pour un grand écrivain, digne descendant de la Lune ou de Franz Kafka. Elle se berce d'illusions et cela me plaît. Elle me plaît. Mais qu'arrivera-t-il lorsqu'elle découvrira que je ne suis qu'un pauvre nombriliste en exil ?
Par lenombriliste, Mercredi 5 Decembre 2007 à 13:05 GMT+2 dans PARTIE I - Lécher le nombril (article, RSS)











